La route…Ton aventure

Par Laure Bonnet, à l’occasion de l’accueil des feux pilotes au rassemblement de Paray

Bienvenue à chacune, pour ce rassemblement des guides aînées à Paray le Monial !

Vous venez de tous les coins de France et même de tous les coins de l’Europe.

Vous venez pour découvrir la route, ou pour parcourir à nouveau cette route que vous aimez !

Venant des compagnies, vous avez acquis plein de compétences. Vos badges, vos postes actions, vos grands jeux et vos camps vous ont entraînées à une vie de camp.

Maintenant cette vie change, parce que la route s’ouvre devant vous.

Le monde vous appelle à l’aventure. Vous avez acquis des compétences et une stature qui vous invite à aller plus loin, à marcher en eau profonde. Le monde est à vous, et il vous faut le connaître et pour cela le parcourir.

La route, la première chose que j’ai envie de vous dire, c’est « partez, mais partez donc ! »

Sans rien enlever au merveilleux jeux de l’âge guide, allez plus loin, partez, car vous le pouvez : pas de plus jeunes à faire suivre, car la mission est autre. Il faut profiter de cet âge commun pour rêver et aller au bout du monde, avec vos idées et vos désirs.

La route c’est votre aventure.

Et cela commence comme dans tout le scoutisme par des choses très concrètes. Si vous demandez à votre voisine de vous pincer le bras, vous réaliserez comme elle, que vous êtes de chair et d’os. Vous vivez dans un monde très concret, avec le sol que vous sentez sous vos pieds, la chaleur du soleil, ou vos dents qui claquent et vous rappellent que l’été est fini.

Aussi, la route va commencer par le plus concret : prendre votre sac et partir aligner les km sur les sentiers de France et d’ailleurs.

La route, c’est quoi, c’est où : c’est partir où vous le voulez, pour découvrir un endroit, une région, les personnes, et découvrir aussi plein de choses pour vous mêmes.

La France est un pays splendide et l’Europe regorge aussi de trésors. Tout est envisageable, en fonction de votre investissement :

Route à pied, à travers la forêt noire, st Jacques de Compostelle, traversée vers le Mont st Michel, montée vers le Grand st Bernard, route en roulotte ou à cheval, jumelage et route dans un pays de l’union… en plaine, en montagne, au bord de mer, tout est possible. En fait, de quoi rêvez vous ? Voilà la première question à se poser en feu. Je n’ai pas, Dieu merci, en tant que CNF une liste de routes obligées et chaque année, les routes de feux nous montrent la richesse de vos envies et la solidité de vos marches.

Faites de ce temps un temps d’aventure et de découverte.

L’aventure vous attend avec exigence : « vous ne devez renoncer à un effort qu’au nom d’un autre effort car vous devez grandir », comme dirait st Exupéry ! Nous vous proposons la route car vous êtes l’avenir de notre pays, de l’Europe. Le futur, c’est vous et c’est maintenant qu’il commence ! Et pour que ce monde tienne un peu la route, c’est le cas de le dire, il faut qu’à chaque endroit où vivez et travaillez, quelque chose rayonne.

A vous de grandir, à vous de devenir plus fortes, plus solides, qu’on puisse compter sur votre parole, en tout. Il faut que vous deveniez et restiez ces femmes debout, ces sentinelles de l’invisible, pourvoyeuses d’espérance et d’amour.

Déjà, vous savez combien vous avez avancé et grandi. Mais savez-vous tout ce que vous pouvez devenir ? Tous ces talents qui se déploient, jusqu’où pouvez vous les développer ? L’aventure de la route vous lance avec exigence au grand vent du monde, pour que vous vous affirmiez encore plus. La route sera comme vous êtes : dynamique ou rasoir, investies ou irrégulières. Pour que la route soit passionnante, c’est à vous de foncer ! vous connaissez le principe de l’auberge espagnole : elle sera ce que vous en ferez, et ainsi de tout groupe humain. La question est : qu’est-ce que je vaux ? dans l’équipe, toutes ensembles, sommes-nous plus fortes , plus entreprenantes ? Dans les petites choses non négligeables – faire l’intendance – comme les plus grandes – marcher vers un flot, son engagement, réfléchir à sa vocation, faire un choix d’études, accepter un emploi…- que valons-nous ?

L’aventure, le bivouac qui change chaque jour, le poids du sac, la chaleur ou le froid, tout cela va vous confronter d’une autre manière à la vie concrète. Non seulement il y a la vie des bois et de camp, mais il y a aussi une forme d’abandon à l’espérance. Car à la différence du camp fixe, chaque jour, c’est volontairement que nous repartons, sans cesse en mouvement, sans cesse désinstallé, à la découverte. Ce dépouillement nous pousse hors de nous même. Nous ne sommes pas figées, nous sommes en marche et chaque matin, un petit renoncement… nous quittons ce qui est connu pour l’inconnu, capables de l’affronter, découvrant nos qualités propres et nos défauts. Ce dépouillement, il ne vous étonnera pas lorsque dans votre vie, une situation imprévue se présentera : la route vous y a préparée.

La route vous appelle : êtes-vous capables de partir à l’aventure ? êtes-vous capable de prendre votre vie en main ? Pouvons-nous déconnecter d’avec le monde, les modes, le portable, la wii, la clope, les potins, mais aussi d’avec le stress des études, les questions professionnelles… Réfléchir par soi-même, ne pas attendre qu’on fasse les choses pour nous, prendre des responsabilités et aller jusqu’au bout, tenir notre parole : je n’attends pas, je propose et je fais. C’est passer à l’âge adulte.

La route physique entraîne aussi votre caractère et vos forces : d’avoir lutté avec vous même sur la route, d’avoir trouvé la force de sourire, de partager le poids du sac, d’avoir pensé à rire et chanter pour soutenir celle qui marche à vos côtés, de vous être dépassée. Car il y a votre corps et ses efforts, mais il y a la vie d’équipe, fraternelle, qui soude et enthousiasme, en vivant ensemble de petites et grandes aventures.

Je garde des souvenirs émerveillés d’une route en Italie et de la veillée autour d’un beau feu de camp, dans les ruines d’un vieux couvent franciscain, à moitié en ruine, où tant de choses se sont dites, parce que nous avions peiné ensemble dans la lourde chaleur du ciel italien… Il y a des amitiés qui naissent sur la route, par l’effort partagé, et qui durent toute une vie. Et quand l’autre devient une sœur, et qu’ensemble on veut marcher les sommets, alors, la route est encore plus belle. Vous ne passez pas en touriste dans les lieux. Vous rayonnez de vos talents et vous vous enrichissez aussi. Vous êtes à pied, vous avez le temps de vous arrêter. Vous avez le temps de la rencontre.

Je vous livre des anecdotes : la route c’est

  • en Bretagne, après une marche sous un soleil radieux, pause près d’une poste, les pilotes écrivent une carte à leur maman. Un jeune retraité s’approche, nous demande d’où nous venons, où nous allons, s’émerveille de notre camp itinérant, puis ce penchant avec un sourire : « n’oubliez pas de dire à vos parents que la Bretagne est mystérieuse… »
  • c’est cet homme qui travaille au champ et nous indique un raccourci, qui passe par un dolmen pas indiqué sur la carte
  • c’est ce couple qui nous accueille, trempées, au cœur du Jura, pour nous pousser vers le feu de la cheminée et nous servir une soupe, qui fait relever les petits et nous qui chantons tout notre répertoire pour leur plus grande joie
  • c’est des femmes dans une église de granit qui préparent des bouquets pour une messe et nous qui les aidons à les mettre en place et l’une qui nous invité à déjeuner
  • c’est cette femme qui sourit rien qu’en nous voyant passer en chantant
  • c’est ce prêtre tout juste ordonné qui dit la messe, entouré de ses seuls parents, et nous qui poussons la porte de la chapelle et participons à une très belle messe dans un rayon de soleil tombé des vitraux.
  • C’est ce jeune qui ricane sur nos uniformes mais qui ramène sa petite sœur à la VTF du soir
  • C’est une grand-mère qui s’arrête et regarde une remise de flot ou une promesse, et qui chante avec nous le chant de la promesse
  • C’est ce grand-père qui nous attend avec un plateau, des verres et une cruche emplie de limonade glacée, parce qu’il nous a vu cheminer le long du sentier des douaniers
  • C’est cette dame qui nous demande de prier pour elle dans notre marche vers Rocamadour et de prier pour sa famille au pied de la Vierge Noire

Toutes les guides-aînées présentes ont plein de choses à vous dire. Chacune ici pourrait vous dire un moment, un regard, un temps de prière, une discussion sous le grand soleil, qui ont tout changé pour elle.

La route t’appartient, car elle est comme la vie : un long chemin plein d’exigences et de joies, de renoncements, de choix et de bonheurs.

Alors, en route !